
Dans le cadre de ma candidature au Board de France Digitale, il est un sujet que je souhaite par dessus tout défendre et en fédérer les acteurs et les utilisateurs au sein du projet de France Digitale: l’open-source.
L’open-source est au coeur de l’innovation aujourd’hui. C’est un écosystème complexe et fragile, qu’il faut savoir préserver.
Il existe 3 idées reçues sur l’open-source, qui reflètent les enjeux auxquels font face les créateurs de technologies.
Non, open-source ne veut pas dire gratuit
Non, open-source ne veut pas nécessairement dire gratuit. Certains logiciels open-sources ne sont pas gratuits. Et certains logiciels sous licence propriétaire sont, quant à eux, gratuits. Cette idée reçue témoigne cependant de la difficulté des projets open-source à se financer. Si l’open-source est partout, rares sont ceux qui soutiennent financièrement ces projets.
Oui, l’open-source est partout. Quand j’explique cela à des profils non-techniques, je leur parle d’un objet que l’on peut croiser quotidiennement : la Freebox. Free publie même la liste et les modifications apportées aux projets open-sources utilisés, depuis qu’il a été en conflit ouvert avec la Free Software Foundation (FSF).
Certains ne cherchent pas à monétiser leur succès. Mais des sociétés s’enrichissent en utilisant des projets open-source sans avertir les créateurs de ces projets : cela ne manque pas de créer un sentiment d’injustice et un manque de reconnaissance chez les créateurs, qui pourtant ne cherchent pas nécessairement à s’enrichir de leur projet (à lire http://www.cs.vu.nl/~ast/intel/). Une meilleure collaboration entre consommateurs et créateurs de projets open-sources est à penser aujourd’hui.
Non, open-source ne veut pas dire collaboratif
Non, open-source ne veut pas nécessairement dire collaboratif. De nombreux projets ne sont développés que par une seule ou une poignée de personnes. On parle même alors de « Bus factor » élevé, lorsqu’un projet est dépendant d’un petit nombre de personnes, voire même d’une seule personne. Le « Bus factor » mesure les chances de survie d’un projet si un bus renverse ses principaux contributeurs!
Cependant, l’une des grandes difficultés des projets open-sources est d’inciter leurs utilisateurs à contribuer : beaucoup de sociétés développent au-dessus de solutions open-sources, corrigent des bugs ou implémentent de nouvelles fonctionnalités, sans les reverser à la communauté. Pourquoi ? Parce que beaucoup de sociétés sont frileuses lorsqu’il s’agit de leur propre propriété intellectuelle. Mais en refusant de reverser à la communauté leurs propres contributions, non seulement ils ne contribuent pas à la pérennité du projet, mais ils peuvent se mettre eux-mêmes en difficulté pour la maintenance du projet.
Pour finir sur ce point – c’est un aspect qui intéresse tout particulièrement mon projet -, limiter le nombre de contributions peut être aussi une stratégie pour stabiliser une solution open-source et éviter un projet tentaculaire, qui deviendrait de plus en plus complexe à faire évoluer. Chaque projet open-source a sa propre stratégie de développement.
Non, open-source ne veut pas dire vulnérable
Non, open-source ne veut pas nécessairement dire vulnérable. C’est même avant tout une nécessité industrielle. Gatling, ma société, développe un outil de test qui mesure les temps de réponses de toutes les requêtes d’une application. Comme tout instrument de mesure, l’utilisateur doit poser la question de la pertinence des mesures produites par l’outil. Et pour cela, il doit pouvoir regarder comment est construit l’outil, comment il fonctionne. Mais l’open-source permet surtout à nos utilisateurs d’adapter notre solution à leurs technologies et à leurs usages : Gatling est agnostique, il est ouvert aux évolutions rapides du web.
Il y a même quelque chose de contre-intuitif : un algorithme de cryptage est potentiellement plus sécurisé s’il est open-source. En effet, en l’exposant publiquement, les failles peuvent être détectées et rapidement remontées, voire corrigées, par la communauté d’utilisateurs.
Toutefois, l’histoire d’OpenSSL (une librairie de cryptographie, qui protège les processus de login sur un très grand nombre de site internet), qui a connu un bug majeur sans que la communauté de développeurs n’ait les moyens de réagir rapidement, est un avertissement : un projet open-source, comme tout projet de développement, peut être vulnérable et pour y remédier, il faut que les entreprises qui en dépendent le soutiennent financièrement. Cela nécessite de changer les mentalités.
Parler d’open-source aujourd’hui, c’est faire prendre conscience plus globalement des enjeux de l’innovation dans le numérique : les technologies sont de plus en plus intriquées entre elles, leurs évolutions sont de plus en plus rapides (les effets de mode aussi), et leur durée de vie est de plus en plus réduite. C’est un écosystème bouillonnant et extrêmement fragile. De la même manière que nous devons protéger les espèces animales de leur disparition, il en va de même pour les technologies, dont certaines sont au coeur de « la chaîne alimentaire ». Sauf que l’on s’en aperçoit bien souvent trop tard. C’est le cas des 11 lignes de code du projet Left pad de Azer Koçulu, qui en disparaissant ont paralysé de nombreux projets.
Je voudrais terminer, avec une phrase qui n’est pas de moi, mais de Gael Varoquaux qui développe notamment le projet Scikit-Learn (et que je cite sans le prévenir, j’espère qu’il m’en excusera !) : « il faut financer l’open-source de la même manière que nous entretenons nos routes ». Il a dit cette phrase lors d’une réunion du Groupe de Travail du Logiciel Libre (GTLL) du pôle de compétitivité francilien Systematic. Ce Groupe de Travail, auquel appartient Gatling depuis 2 ans, contribue depuis de nombreuses années à défendre le rôle de l’open-source pour l’innovation auprès du grand public et des entreprises. Le GTLL organise d’ailleurs le Paris Open Source Summit le 6 et 7 Décembre prochain. Je vous invite à venir rencontrer les nombreux acteurs de l’open-source, dont Gatling !
En tout cas, si vous êtes membre de France Digitale, le 27 novembre, votez pour la défense de l’open-source!
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