De l’Enseignement du Courage

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Il y a quelques mois, j’ai choisi (à vrai dire, un peu par hasard) d’ajouter à une activité professionnelle déjà envahissante (mais passionnante ; ndla chez Gatling !) la vaste mission d’enseigner le « numérique » à l’ESI Business School, une jeune école de commerce.

Je m’étais alors donné deux objectifs. Non pas leur apprendre le code (même s’ils doivent savoir à quoi ressemble le quotidien d’un développeur) mais donner à ces étudiants les « codes » de l’univers de l’innovation, et aussi des start-ups. Puis les désinhiber face à des problématiques technologiques, souvent présentées de manière cryptique, pour ne pas dire énigmatique, par les médias généralistes.

Donner les codes, tout d’abord : car, dans un milieu qui régulièrement se targuent de « briser les codes », il est étonnant de voir à quel point la plupart des gens que l’on y rencontre parlent, pensent, s’extasient de la même manière.

Je ne veux pas faire de mes étudiants des révolutionnaires, puisque mon rôle, ici, est de les préparer au monde du travail. Sans doute, dans un autre contexte, aurais-je un discours nettement différent, mais cela, c’est une autre histoire. Je leur dis, au contraire : pour réussir, suivez les codes ! Trahissez-vous un peu, et vous verrez la différence. C’est une hypocrisie, certes, mais de la même manière que la politesse en est une.

Puis désinhiber. Car, si tout le monde parle de numérique (il suffit d’ouvrir, n’importe quel jour, n’importe quel quotidien pour s’en rendre compte), peu prennent le temps d’expliquer, de vulgariser. Il est assez marquant de voir quantité d’articles sur le cours du Bitcoin des 12 derniers mois, avec des avis très tranchés sur l’avenir ou la nocivité supposés d’un tel asset numérique, et si peu d’explications (en tout cas d’explications claires et exhaustives) des concepts fondamentaux qui le régissent.

Le message adressé à mes étudiants est simple : rien (dans une certaine mesure) n’est hors de portée, à condition de se donner la peine de se documenter. Alors renseignez-vous ! Ne vous laissez pas troubler par la technicité mais cherchez à extraire et à comprendre ces concepts fondamentaux.

Et surtout, faites-vous un avis ! Un avis de futur professionnel, futur entrepreneur, mais surtout de citoyen.

Car, oui, cela m’a frappé. Beaucoup s’interdisent d’avoir un avis. Ils sont capables de vous présenter oralement le fruit de quelques heures de recherche, sur des sujets complexes, puis, quand je leur demande d’expliquer le choix du sujet de leur présentation, le choix de tel axe de présentation, ou tout simplement leur avis, ils restent bouche bée. Stupéfait qu’on ose leur poser une telle question. Comment avoir un avis ? m’a-t-on posé comme question. En ayant le courage de se tromper.

Au-delà d’un manque profondément intériorisé de légitimité, des lacunes de l’enseignement secondaire qui ne laisse que peu de place à l’oralité, c’est le manque de courage qu’il faut combattre.

Mais comment l’enseigner ? Comment ne pas verser dans l’excès inverse en créant des monstres ? C’est-à-dire des personnes qui ont un avis sur tout, qui ne changent pas d’avis, qui donnent au « show » de leur oralité une importance bien plus grande qu’au contenu.

Pour tout vous dire, je n’en suis qu’à ma dixième heure d’enseignement. Je n’ai pas la réponse, mais ces questions m’ont taraudé l’esprit tout au long de mon dernier cours. A la fin, je leur ai simplement demandé de ne plus jamais rire pendant une présentation de leur camarade, même si parfois une maladresse peut prêter à sourire.

Peut-être l’enseignement du courage commence-t-il par cela : l’enseignement de l’humilité. L’humilité plutôt que l’inhibition.

A suivre.

Vos avis et conseils, enseignants ou non, sont les bienvenus !

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