
Je me souviens qu’au début de ma (jeune) carrière, alors que je découvrais le monde du numérique, j’avais vu passer sur twitter un message appelant à signer un texte pour promouvoir la mixité dans le numérique : #JamaisSansElles
Je le signais sans hésiter. Mais très vite, je me suis posé la question : comment dépasser une simple déclaration d’intentions ?
Certes, ce collectif proposait déjà une manière simple de passer des paroles aux actes : refuser de participer à des tables rondes ou à des conférences si des femmes n’y sont pas associées.
Mais, pour être tout à fait honnête, on ne peut pas dire que je croulais sous les demandes pour intervenir à tel ou tel événement à l’époque.
« La masculinisation des métiers du numérique est très récente »
Je me suis alors assez longuement interrogé sur la raison pour laquelle les femmes étaient si peu représentées dans le monde de la tech. Je découvrais avec stupéfaction que cela n’avait pas toujours été le cas.
Et même plus : la masculinisation des métiers du numérique est très récente.
Plusieurs aspects de mon parcours personnel m’avaient poussé à me pencher sur le problème. Tout d’abord mes études : à 18 ans, j’entrais pour 3 ans en classes préparatoires en lettres classiques. Les hommes représentaient à peine 10% des effectifs.
J’avais suivi la voie de mes grands parents. Je n’ai jamais pu vérifier les chiffres (je suis preneur si vous en avez!) mais ils me disaient qu’à leur époque c’était une filière essentiellement masculine.
Sans doute, la perte de prestige des filières littéraires au sein de la société moderne et la conception selon laquelle les femmes sont davantage portées sur ce qui a trait à l’affectif (comme si les lettres étaient un domaine qui avait trait à l’affect et non à la raison…) avaient contribué à cette évolution.
J’avais aussi entendu ma mère me présenter les difficultés qu’elle avait eues tout au long de sa carrière de médecin pour s’imposer dans un monde masculin. Pourtant, les promotions d’étudiants de médecine aujourd’hui sont très féminisées. Seul hic, les postes à responsabilités :
« En 2015, 43,5% des médecins sont des femmes, mais seuls 18,6% des professeurs de médecine » [1]
Une approche historique de la mixité dans l’informatique
Bref, je me suis peu à peu demandé ce qu’il en était des métiers du numérique. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai été surpris !
L’informatique était jusque dans les années 80 était un milieu féminisé. Mais, phénomène assez singulier, ce n’est pas le nombre de femmes qui a diminué, mais le nombre d’hommes qui a explosé :
« Au début de la programmation, les femmes étaient près de 40 %. […] Les métiers de l’informatique gagnent en prestige au cours des années 1970-1980 et plutôt qu’une disparition des femmes, on observe alors une arrivée massive des hommes. » [2]
C’est parce que l’informatique gagne en importance au sein des entreprises et au sein de la société que ce domaine se masculinise très fortement.
Pourtant, j’en suis convaincu, le numérique va phagocyter dans les années qui viennent la grande majorité de la création de valeurs au sein des entreprises. Il est donc urgent d’y remédier.
Pour un combat culturel
Nous avons un combat culturel à mener, et notamment en ce qui concerne l’auto-censure des femmes.
Auto-censure à accepter un poste « parce que c’est trop technique ».
A celles qui disent « l’informatique, ce n’est pas pour moi, c’est trop technique », je réponds deux choses : 1) les femmes, comme on l’a vu, ont occupé une place importante dans l’informatique jusque dans les années 80 ; 2) voici une liste non-exhaustive de femmes ayant marqué l’histoire de la programmation :
- Ada Lovelace (1815-1852), créatrice du premier programme informatique
- Grace Hopper (1906-1992), conceptrice du premier compilateur
- Hedy Lamarr (1914-2000), co-inventrice de la « technique Lamarr », ancêtre de la téléphonie mobile et du WiFi
- Joan Clarke (1917-1996), mathématicienne qui a travaillé avec Alan Turing sur le projet Enigma
- Stephanie Shirley (1933- ), entrepreneuse dans le numérique
- Karen Spärck Jones (1935- ), dont les travaux en intelligence artificielle ont posé les fondements des moteurs de recherche. Elle aurait affirmé « L’informatique est trop importante pour être laissée aux hommes »
- Margaret Hamilton (1936- ), qui a participé à la conception du système embarqué du programme spatial Apollo
- Roberta Williams (1953- ), à l’origine du premier jeu vidéo d’aventure graphique, Mystery House
- Carol Shaw (1955- ), récompensée en 2017 pour son travail dans l’industrie du jeu vidéo
- Meg Whitman (1956- ), ex-PDG d’eBay et de HP
- Sheryl Sandberg (1969- ), Directrice des Opérations de Facebook
- Dona Baile (1981- ) qui a reçu en 2013 le prix du Women in Gaming Lifetime Achievement Award
- mais aussi les « ENIAC Girls » (Kay McNulty, Betty Jennings, Betty Snyder, Marlyn Wescoff, Fran Bilas et Ruth Lichterman) qui ont conçu le 1er ordinateur électronique, l’ENIAC, en 1946
- et bien d’autres…
La suite de l’histoire du numérique doit être écrite, au féminin comme au masculin. C’est un enjeu majeur pour le développement de notre écosystème du numérique. C’est ce qui permettra à la French Tech de s’imposer durablement.
Je dédis ce texte aux femmes que j’ai pu croiser dans mon milieu professionnel et dont certaines ont été des sources d’inspiration
Sources :
[1] https://egalitehopital.wordpress.com/
Juste… Merci Paul-Henri ! Je partage entièrement tes préoccupations. Moi qui fait de la formation dans le domaine du numérique, combien de fois me suis-je adressée à une salle uniquement composée d’hommes ?
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